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La fin du Pont Transbordeur et le désastre de la flotte marchande.
La libération de Marseille.
I.- Collection de M. Alain Orgnon
que je remercie pour cet aimable prêt de 16 photos prises en 1944.
Merci également à M. Robert Gachassin qui a eu l'heureuse idée de me les communiquer.
[Tous droits réservés]
La Seconde Guerre mondiale laissa des traces profondes dans la cité marseillaise. Notamment en 1943 par les rafles et la démolition du vieux Marseille, actes odieux destinés uniquement à satisfaire les fantasmes de "pureté" nazis. Et encore lors de la Libération. La Kriegsmarine, sous les ordres de l'amiral Weyer, déclencha la destruction de la flotte marchande – 172 navires – et du pont à transbordeur. C'était le 21 août 1944. Marseille, fin du Transbordeur - août 1944 Marseille, fin du Transbordeur - août 1944
« Les premières explosions retentirent à peine la nuit venue. Aussitôt le pylône nord du pont s'écroula dans un bruit terrifiant. Il tomba en partie dans la passe et en partie sur le quai du fort Saint-Jean en entraînant une moitié de la travée centrale. Dès cet instant, l'immense portique qui ouvrait sur la pleine mer, cet espace mythique qui, plus que tout autre, évoquait la Porte de l'Orient, cessa d'exister.
Il n'était là que depuis 1904 mais en quarante ans il s'était si bien intégré dans la vie marseillaise que l'on ne pouvait plus imaginer le panorama du Vieux-Port sans son pont, sans la ligne horizontale des fines poutrelles métalliques, sans la verticale des cables tendus dans le ciel comme les cordes d'une harpe (...) De cet orgueilleux édifice, il ne restait plus qu'une sorte de moignon, brandi au-dessus du port en un geste désespéré. »

Edmonde Charles-Roux, L'homme de Marseille.
Le Pont à Transbordeur
avant le désastre.
Après le 21 août.
Marseille, fin du Transbordeur - août 1944 Marseille, fin du Transbordeur - août 1944
Seul reste le pylône sud. Le tablier, coupé en deux.
Au fond à droite,
la cathédrale de La Major.
Marseille, fin du Transbordeur - août 1944 Marseille, fin du Transbordeur - août 1944 Marseille, fin du Transbordeur - août 1944 Marseille, fin du Transbordeur - août 1944
Vues prises
...du Carénage
 
... du quai Rive-Neuve
 
...du quai des Belges
 
...du quai du Port.
La libération de Marseille - août 1944 La libération de Marseille - août 1944 La libération de Marseille - août 1944 La libération de Marseille - août 1944
Les restes du pylône nord
contre le quai de la Tourette.
Le paquebot Cap Corse (Cie Fraissinet) coulé dans la passe du Vieux-Port.
Un drapeau tricolore flotte sur le fort Saint-Jean (photo de droite).
La libération de Marseille - août 1944 La libération de Marseille - août 1944
Combats sur la colline. - La photo de Notre-Dame de la Garde (en bas et à droite) a probablement été prise le 25 août 1944 vers 14h, pendant les combats de la libération de Marseille, au moment où le "fort Villars" - c'est le nom militaire de Notre-Dame de la Garde - est pris d'assaut. Les soldats de la France Libre, c'est-à-dire le 1er GTM (Groupe de Tabors marocains) du général Guillaume et les tirailleurs algériens de la 3ème DIA (Division d'infanterie algérienne) commandée par le général de Goislard de Monsabert, ont pénétré dans Marseille le mercredi 23 août 1944. Pour libérer la ville, ils doivent absolument déloger les Allemands de leurs positions sur la colline de la Bonne-Mère. Le vendredi 25 août, aidés par les FFI (Forces françaises de l'intérieur), ils parviennent sur la montée de l'Oratoire.

«14 h. L’assaut final. - Soudain, des flammes jaillissent le long de la montée de l’Oratoire. Un prisonnier [allemand] raconte : "Mon sous-officier, spécialiste des lance-flammes a été tué au créneau par un obus du char (Jourdan) qui avait sauté sur les premières mines et qui continuait de tirer. Je me suis affolé. J’étais couvert de sang. J’ai cru à une attaque et j’ai déclenché prématurément le feu des lance-flammes à commande électrique." Le goudron fumant s’écoule. Notre Dame de la Garde est enveloppée d’un gros nuage noir. Quand les fumées se dissipent, on aperçoit des religieuses sur la terrasse Est. L’ennemi se tait. Le moment de l’assaut est enfin venu.»

Épave et ferrailles
dans le bassin de la Joliette.
La flotte marchande est anéantie.
Au bas de la Canebière,
les façades de l'immeuble de la Compagnie de Navigation Mixte
noircies par un incendie.
La libération de Marseille - août 1944 La libération de Marseille - août 1944
Attroupement.
- Peut-être une fouille, sur le cours Belsunce (?)
Incendie
dans le quartier Notre-Dame.
[http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/memoire_fr]
contient de nombreuses autres photographies des mêmes événements.
Des documents passionnants dont voici deux exemples.
Photographe Marcel Bovis
(février 1945).

[http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/
memoire/1214/sap52_73l04315_p.jpg]
Le Cap Corse dans la passe.
La photo a été prise par la brèche
ouverte dans l'antique rempart du Fort St-Jean.
 
[http://www.culture.gouv.fr/Wave/image/
memoire/1214/sap52_73l04372_p.jpg]
Dans la brume, la silhouette mutilée du Transbordeur.
L'image donne une idée de la violence
des destructions subies par Marseille.
 
III.- Des cartes postales historiques.

 
 
 
Marseille. Défilé du 3e R. T. A.
Carte postale sans nom d'éditeur.
La photo a été prise le 29 ou le 30 août 1944.
L'officier au garde-à-vous qui fait face au photographe
est probablement le général de Montsabert.
Dans le fond, le transbordeur devenu unijambiste.
  Marseille. Les Goumiers défilent à Marseille.
Carte postale de la même série.
Les Goumiers étaient des soldats marocains, regroupés en Tabors. On remarque ici leur étendard, frappé de l'étoile et du croissant. Derrière eux la façade de la Samaritaine porte les traces d'un violent incendie.
 
Tabors marocains, tirailleurs algériens... -
Une semaine seulement que le pont transbordeur a été amputé de moitié par l'armée allemande, mais déjà les tirailleurs algériens et les goumiers marocains défilent en libérateurs sur le quai des Belges. Le 3e régiment, qui appartient à la 3e division d'infanterie algérienne commandée par le général de Goislard de Montsabert, vient d'enlever de haute lutte le fort de Notre-Dame de la Garde, aux côtés des FFI.
Comment ne pas être sensible à ce choc de l'histoire, Marseille la porte de l'Orient ! défendue et reprise aux nazis par des Arabes, Algériens et Marocains ? Si votre voisin trouve qu'à Marseille "il y a trop d'Arabes", rappelez-lui simplement qu'en cette fin d'été 1944, ce sont eux qui étaient à l'œuvre, qu'on ne pensait pas alors qu'ils fussent trop nombreux dans la bataille pour libérer la ville, et que leurs descendants peuvent à bon droit s'y sentir chez eux.
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© Grégaou - Reproduction interdite. Page mise en ligne le 2 novembre 2003.
Dernière modification le 24 mars 2008.